Le RGAA (Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité) est la méthode officielle française pour évaluer l'accessibilité d'un site web. Il traduit les critères internationaux des WCAG en tests concrets et vérifiables. Obligatoire pour les organismes publics et, depuis juin 2025, pour de nombreuses entreprises, il est aussi la meilleure grille de lecture pour améliorer réellement un site. Voici comment se déroule un audit RGAA, étape par étape.
Le RGAA en quelques chiffres
La version en vigueur, le RGAA 4.1.2, comporte 106 critères répartis en 13 thématiques : images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens, scripts, éléments obligatoires, structuration de l'information, présentation, formulaires, navigation et consultation. Chaque critère se décompose en tests précis. Le référentiel complet est publié sur le site de la direction interministérielle du numérique. Il correspond au niveau AA des WCAG 2.1, présentées dans mon article sur les bonnes pratiques WCAG.
Pour les obligations légales, les sanctions et les organismes concernés, voir mon article sur l'obligation d'accessibilité numérique. Ici, je me concentre sur la méthode.
Étape 1 : définir l'échantillon de pages
On n'audite pas toutes les pages d'un site, mais un échantillon représentatif. Le RGAA impose certaines pages lorsqu'elles existent :
- la page d'accueil ;
- la page de contact ;
- les mentions légales, la page d'accessibilité et le plan du site ;
- l'aide et la page d'authentification, le cas échéant ;
- au moins une page de chaque type de gabarit (article, liste, fiche produit, formulaire…) ;
- les pages correspondant aux principales tâches des utilisateurs, comme un tunnel de commande complet.
Un échantillon de 10 à 20 pages est courant pour un site vitrine. L'objectif est de couvrir tous les composants : menu, carrousel, formulaire, tableau, lecteur vidéo, fenêtre modale.
Étape 2 : préparer l'environnement de test
Le RGAA définit un environnement de test qui combine navigateurs et technologies d'assistance. En pratique, on teste au minimum :
- NVDA avec Firefox sous Windows, un lecteur d'écran gratuit et très utilisé ;
- VoiceOver avec Safari sous macOS ou iOS, intégré aux appareils Apple ;
- éventuellement JAWS, lecteur d'écran commercial répandu en entreprise, et TalkBack sur Android.
Les outils automatiques complètent ce dispositif : l'extension axe DevTools, l'outil WAVE, l'inspecteur d'accessibilité des navigateurs et le volet Accessibilité de Lighthouse. Ils détectent rapidement une partie des erreurs (images sans alternative, contrastes insuffisants, champs sans étiquette), mais seule une petite partie des critères peut être vérifiée automatiquement. Un score d'accessibilité Lighthouse de 100 ne signifie pas qu'un site est conforme.
Étape 3 : tester critère par critère
Pour chaque page de l'échantillon, l'auditeur passe en revue les 106 critères. Chacun reçoit l'un des statuts suivants : conforme, non conforme ou non applicable (par exemple, les critères sur les tableaux pour une page qui n'en contient pas).
Quelques tests révèlent à eux seuls une grande partie des problèmes :
La navigation au clavier
Débranchez la souris et parcourez la page avec la touche Tab. Chaque élément interactif doit être atteignable, dans un ordre logique, avec un indicateur de focus visible. Un menu déroulant qui ne s'ouvre qu'au survol ou une fenêtre modale dont on ne peut pas sortir sont des non-conformités bloquantes.
La structure
Le titre de la page est-il pertinent ? La hiérarchie des titres (h1, h2, h3) reflète-t-elle le contenu ? Les zones principales (en-tête, navigation, contenu, pied de page) sont-elles identifiées ? Une bonne structure HTML sémantique règle déjà beaucoup de points.
Les alternatives textuelles
Chaque image porteuse d'information doit avoir une alternative qui en restitue le sens, et chaque image décorative une alternative vide (alt="") pour être ignorée des lecteurs d'écran.
Les contrastes et la couleur
Le texte courant doit offrir un rapport de contraste d'au moins 4,5:1 avec son arrière-plan (3:1 pour les grands textes), et l'information ne doit jamais être donnée par la seule couleur. Mon article sur l'accessibilité et le daltonisme détaille ce point.
Les formulaires
Chaque champ doit avoir une étiquette associée, les champs obligatoires doivent être signalés autrement que par la couleur et les messages d'erreur doivent indiquer clairement comment corriger la saisie.
Les composants dynamiques
Les onglets, accordéons, carrousels et messages qui apparaissent sans rechargement doivent être restitués correctement par les lecteurs d'écran, ce qui passe souvent par les attributs ARIA, utilisés à bon escient.
Étape 4 : calculer le taux de conformité
Le taux de conformité du site se calcule sur les critères applicables : nombre de critères conformes divisé par le nombre de critères conformes et non conformes. Un critère est conforme pour le site s'il est respecté sur toutes les pages de l'échantillon où il s'applique.
Le résultat détermine la mention à afficher :
- totalement conforme : 100 % ;
- partiellement conforme : au moins 50 % ;
- non conforme : moins de 50 %, ou aucun audit réalisé.
Étape 5 : rédiger la déclaration d'accessibilité
L'audit aboutit à une déclaration d'accessibilité publiée sur le site, qui indique l'état de conformité, les contenus non accessibles, la date de l'audit et un moyen de contact pour signaler un problème. Les organismes soumis à l'obligation doivent aussi publier un schéma pluriannuel et des plans d'action annuels.
Étape 6 : corriger et suivre
Un audit n'a de valeur que s'il débouche sur des corrections. Je recommande de classer les non-conformités par impact pour l'utilisateur : d'abord ce qui bloque une tâche (impossible de valider un formulaire au clavier), ensuite ce qui la complique, enfin les défauts mineurs. Beaucoup de corrections sont rapides lorsqu'elles portent sur un gabarit partagé par toutes les pages.
Prévoyez ensuite une vérification à chaque évolution importante du site : une nouvelle fonctionnalité peut faire baisser le taux de conformité. Une recette qui inclut des tests d'accessibilité évite les régressions.
Je conçois les sites de mes clients en appliquant ces critères dès le départ, ce qui coûte bien moins cher que de corriger après coup. C'est particulièrement important pour les sites de mairie, soumis à l'obligation. Si vous avez besoin d'un état des lieux de votre site, je peux réaliser un pré-audit d'accessibilité et vous indiquer les corrections prioritaires.